Carburant durable (SAF) dans vos vols d'affaires : ce qui est réel, ce qui est encore de la promesse
Ce qu’il faut retenir du SAF dans vos vols d’affaires
- Le SAF issu de déchets et de résidus, majoritaire aujourd’hui, réduit les émissions d’environ 80 % sur tout son cycle. (IATA, fiche bilan 2026)
- Depuis janvier 2025, les fournisseurs européens incorporent au moins 2 % de SAF. L’obligation porte sur leurs volumes, pas sur votre vol : la réduction va au bilan de la compagnie. (Ministère de la Transition Écologique)
- Pour le déclarer dans votre bilan (CSRD ou BEGES), il vous faut un certificat enregistré dans un registre SAF et annulé à votre nom, donc retiré de la circulation.
- La production mondiale reste sous 1 % du carburant aérien. La hausse des seuils (6 % en 2030, 20 % en 2035) fera monter les prix, et rien de plus tant que vous n’achetez pas volontairement. (IATA, fiche bilan 2026)

Qu’est-ce que le SAF et pourquoi en parle-t-on maintenant ?
Le SAF, ou carburant d’aviation durable, est un carburant d’avion fabriqué à partir de matières renouvelables ou de déchets, et non de pétrole. Les avions n’ont rien à modifier : il se mélange au kérosène classique. Depuis janvier 2025, une loi européenne (ReFuelEU Aviation) oblige les fournisseurs de carburant aux aéroports de l’UE à en incorporer une part croissante dans le carburant qu’ils livrent.
Les seuils fixés par la loi :
- 2025 : 2 % de SAF minimum
- 2030 : 6 % de SAF minimum, plus une part minimale réservée aux carburants de synthèse
- 2035 : 20 % de SAF minimum
- 2050 : 70 % de SAF minimum

Comment le SAF réduit-il les émissions d’un vol ?
Le SAF réduit les émissions d’environ 80 % sur l’ensemble du cycle, pour la filière issue de déchets et de résidus. (IATA, 2026) La raison tient à l’origine de son carbone. Le kérosène vient du pétrole : sa combustion libère du carbone enfoui sous terre depuis des millions d’années. Le SAF, lui, est fabriqué à partir de matières organiques récentes, dont le carbone faisait déjà partie de l’atmosphère. Sa combustion remet donc en circulation du carbone déjà présent dans le cycle naturel.
Ce chiffre s’applique à chaque litre de SAF, pas à l’ensemble du vol. Et avec 2 % de SAF dans le carburant actuel, l’effet sur votre bilan total reste faible.
Faible certes, mais pas de même nature qu’une contribution carbone. Deux démarches se ressemblent de loin et ne se rangent pas au même endroit dans votre bilan :
- SAF et Book & Claim : la réduction a lieu à la source, dans le carburant que consomment les avions.
- Contribution à un projet de reforestation : vous financez une absorption de CO₂ hors du secteur aérien.
Encore faut-il pouvoir prouver que ce SAF a bien été consommé, et qu’aucune autre entreprise ne le revendique. C’est ce que le Book & Claim organise.

Comment fonctionne le Book & Claim ?
Quand une compagnie aérienne utilise du SAF sur un vol, ça réduit les émissions de ce vol. Elle peut revendre ce bénéfice environnemental à une autre entreprise, sous forme de certificat. Votre avion ne contient pas nécessairement ce SAF, mais vous achetez le droit d’inscrire cette réduction dans votre bilan carbone. C’est le principe du Book & Claim.
Pour éviter qu’un même volume soit vendu deux fois, les certificats passent par un registre SAF. L’un d’eux, le CADO SAF Registry, est opéré depuis avril 2025 par la Civil Aviation Decarbonization Organization, une organisation à but non lucratif dont l’IATA est membre fondateur. Chaque certificat y est enregistré et traçable. Un certificat annulé dans le registre ne peut plus être vendu ni cédé à une autre partie : c’est ce statut qui vous donne le droit de déclarer la réduction dans votre bilan carbone.
Ce qui amène à la question pratique : comment en tenir compte dans votre reporting ?

Comment le SAF s’intègre-t-il dans votre bilan carbone ?
Vos vols EU contiennent déjà du SAF, mais ça ne change pas votre bilan
Depuis janvier 2025, les fournisseurs de carburant des aéroports européens doivent incorporer au moins 2 % de SAF dans le carburant qu’ils livrent. L’obligation porte sur leurs volumes annuels, pas sur chaque vol : jusqu’à fin 2034, un fournisseur peut la respecter en moyenne pondérée sur tous les aéroports de l’Union qu’il dessert. Votre vol n’en contient donc pas nécessairement. Et c’est la compagnie aérienne qui inscrit la réduction à son propre bilan. Ces volumes répondent à une obligation réglementaire : ils ne sont pas considérés comme additionnels, et n’ouvrent donc pas droit par défaut à un certificat Scope 3 transférable. Votre bilan à vous reste donc inchangé, qu’il relève de la CSRD (la directive européenne sur la publication d’informations en matière de durabilité par les entreprises), du BEGES (le bilan des émissions de gaz à effet de serre imposé par l’article L. 229-25 du code de l’environnement) ou d’une démarche volontaire.
Ce qui change si vous souscrivez un programme SAF
Certaines compagnies aériennes proposent des programmes SAF payants, qui portent sur des volumes achetés au-delà de l’obligation réglementaire. Quand le programme inclut un transfert de certificat Scope 3, la réduction figure dans votre bilan. Sans transfert explicite, vous financez du SAF que la compagnie inscrira à son propre bilan. Vous payez la réduction, elle la déclare.
Les 4 questions à poser à la compagnie aérienne
Avant d’inscrire un achat SAF dans votre rapport, vérifiez ces quatre points :
- Registre : le certificat est-il enregistré dans un registre SAF, par exemple le CADO SAF Registry ?
- Certification de durabilité : le lot de carburant est-il certifié par un schéma reconnu comme la Roundtable on Sustainable Biomaterials (RSB) ou l’International Sustainability and Carbon Certification (ISCC) ?
- Annulé en votre nom : le certificat a-t-il bien été annulé dans le registre en votre nom, et non simplement créé ?
- Méthode de calcul : le calcul suit-il les règles du Greenhouse Gas Protocol ou du référentiel aviation de la Science Based Targets initiative (SBTi) ?
Sans réponse claire sur ces quatre points, un audit peut contester l’inscription de cet achat dans votre rapport.
Qui valide votre méthode de calcul ?
Si vous êtes soumis à la CSRD, l’interlocuteur est celui qui certifiera vos informations de durabilité : votre commissaire aux comptes s’il figure sur la liste des professionnels habilités par la Haute autorité de l’audit, ou un organisme tiers indépendant accrédité par le COFRAC. Le choix vous appartient. Sur un bilan carbone volontaire, aucune certification n’est imposée, mais la charge de documenter la méthode retenue vous revient entièrement.
Soumis à la CSRD ou non, vos déplacements d’affaires font partie de votre bilan. Un achat SAF documenté réduit ce poste.

Quel surcoût le SAF représente-t-il sur vos billets d’affaires ?
Depuis l’entrée en vigueur de la réglementation européenne, le SAF se paie environ 1 100 dollars la tonne de plus que le kérosène classique. (IATA, mai 2025) Cet écart se transmet par deux chemins distincts.
Le premier est subi. Les fournisseurs ne gardent pas ce surcoût pour eux : ils facturent aux compagnies des frais de conformité sur chaque tonne de kérosène. L’IATA les chiffrait à environ 54 dollars par tonne de kérosène en 2025, là où le prix de marché du SAF en justifiait 22. Ces frais n’apparaissent jamais en ligne séparée sur votre facture. (IATA, mai 2025)
Le second est choisi. Les programmes SAF payants affichent des prix variables selon le volume couvert, la filière et la compagnie, et vous ne les payez que si vous y souscrivez. Avant d’en retenir un, vérifiez :
- Les conditions : achat ponctuel ou abonnement récurrent ?
- Le volume : quelle part de vos vols est couverte ?
- La certification : quel registre SAF, et quel schéma de certification de durabilité ?
La part de SAF dans les carburants va augmenter (6 % en 2030, 20 % en 2035), ce qui fera monter les prix progressivement. Comme les frais de conformité s’appliquent à chaque tonne de kérosène, ils pèsent d’autant plus lourd que le vol consomme de carburant : les long-courriers sont les plus exposés.

Où en est réellement la filière SAF ?
Le SAF réduit réellement les émissions. Mais ça ne veut pas dire que votre bilan change automatiquement, ni que les compagnies peuvent tenir toutes leurs promesses vertes.
Le SAF représente moins de 1 % du carburant aérien consommé dans le monde. L’IATA chiffrait la production 2026 à 2,4 millions de tonnes, soit 0,8 % de la consommation, pour un surcoût de 4,3 milliards de dollars supporté par les compagnies. L’obligation européenne de 2 % dépasse donc déjà ce que la filière produit à l’échelle mondiale. Dans ce même communiqué de juin 2026, l’IATA impute ce retard à des politiques publiques mal ordonnées : les obligations d’incorporation ont été imposées avant que la production ne suive.
Ce qui fonctionne déjà :
- Book & Claim : des programmes existent chez plusieurs grandes compagnies et des intermédiaires spécialisés.
- Registres officiels : le CADO SAF Registry et les registres équivalents permettent de tracer et vérifier chaque certificat, avec une certification de durabilité du lot en amont (RSB, ISCC).
- Réduction documentée : environ 80 % de CO₂ en moins pour le SAF produit à partir de déchets et de résidus, qui fournit aujourd’hui la plus grande partie du volume mondial. (IATA, 2026)
Ce qui est encore en chantier :
- Production des carburants de synthèse : la filière démarre à peine, alors que les premières obligations européennes portant spécifiquement sur ces carburants entrent en vigueur dès 2030.
- Harmonisation des standards : GHG Protocol et SBTi Aviation affinent encore leurs règles. Si vous êtes soumis à la CSRD, validez la méthode retenue avec celui qui certifiera vos informations de durabilité avant la première déclaration.
D’ici 2030, l’essentiel du SAF disponible restera issu de déchets et de résidus. Deux conséquences pratiques pour vous : vérifier ce que chaque achat SAF couvre réellement dans votre bilan, et ne rien promettre à votre direction que la filière ne peut pas encore tenir.

SAF et bilan carbone : prendre appui sur ce qui est vérifiable
Le SAF progresse. Il ne change votre bilan carbone qu’à une condition : disposer d’un certificat officiel annulé en votre nom. Sans ça, la réduction reste dans le bilan de la compagnie, pas dans le vôtre. La hausse des seuils (6 % en 2030, 20 % en 2035) fera monter les prix, pas bouger votre bilan. Avant d’acheter du SAF, sachez ce que vos déplacements émettent vraiment : Supertripper calcule vos émissions CO₂ poste par poste et mode de transport par mode de transport, selon la méthode ADEME.

FAQ : Vos questions sur le SAF et votre bilan carbone
En cas d’audit RSE, quels documents faut-il conserver pour justifier un achat SAF ?
Un auditeur attend trois éléments : le certificat SAF original émis par le registre SAF, la preuve que ce certificat a bien été annulé en votre nom (statut retired), et la documentation sur la méthode de calcul de la réduction appliquée (GHG Protocol ou SBTi Aviation). Sans ces pièces, la déclaration peut être contestée.
Quand la part de SAF obligatoire augmentera, mon bilan carbone s’améliorera-t-il automatiquement ?
Non. La hausse du seuil (6 % en 2030, 20 % en 2035) améliore le bilan de votre compagnie aérienne, pas le vôtre. Le SAF incorporé au titre de l’obligation n’est pas considéré comme additionnel, donc il ne génère pas de certificat Scope 3 transférable. Seul un achat volontaire, au-delà du seuil, peut en produire un.
Le Book & Claim est-il reconnu officiellement ?
Le GHG Protocol et le référentiel SBTi Aviation encadrent la déclaration des certificats SAF, mais les règles ne sont pas encore totalement harmonisées entre registres et schémas de certification. Des cadres transitoires fonctionnent en pratique. Faites valider la méthode retenue avant votre première déclaration.
Comment obtenir un certificat SAF ?
Par un programme SAF de compagnie aérienne, ou par un intermédiaire spécialisé qui agrège des volumes. Toutes les compagnies n’en proposent pas : commencez par celles que vous utilisez. Quelle que soit la voie, exigez un certificat enregistré dans un registre SAF et annulé en votre nom, pas seulement créé.
Le SAF remplace-t-il une contribution carbone ?
Non. Le SAF agit sur le carburant lui-même : la réduction se produit dans le secteur aérien et, si vous détenez un certificat annulé en votre nom, elle diminue votre poste déplacements. Une contribution carbone finance une absorption de CO₂ hors du secteur aérien, sans réduire vos propres émissions. Les deux ne se rangent pas au même endroit dans votre bilan.


