Retrouver ses voyageurs en cas de crise n'exige pas de les suivre en permanence

Quand une crise éclate à l'étranger, il faut savoir lesquels de vos voyageurs sont concernés et comment les joindre. Trois niveaux de localisation existent, des réservations à la géolocalisation du téléphone. Le choix se fait avant le départ.

Ce qu’il faut retenir de la localisation des collaborateurs en déplacement

  • En cas de crise, il faut localiser chaque voyageur, le joindre et l’aider, sans le suivre en permanence.
  • La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) pose en général trois conditions cumulatives : dispositif justifié et proportionné, consultation du comité social et économique (CSE) dans les entreprises privées de 50 salariés et plus, information préalable des collaborateurs.
  • Les réservations et les points de situation viennent d’abord. La géolocalisation du téléphone intervient en dernier recours.
  • Un voyageur qui réserve ailleurs que dans l’outil de l’entreprise reste absent des données de réservation : c’est l’angle mort du dispositif.
  • Avant le départ, l’entreprise informe les voyageurs et décide qui voit quoi.
Homme en réflexion illustrant la FAQ sur la manière de localiser ses collaborateurs en déplacement sans les surveiller.

Que doit pouvoir faire l’entreprise quand une crise éclate à l’étranger ?

L’entreprise doit localiser chaque voyageur concerné, le joindre et lui apporter une aide. Savoir où se trouve chaque voyageur et comment le joindre compte plus que connaître sa position exacte à chaque minute.

L’article L. 4121-1 du Code du travail demande à l’employeur de prendre « les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs », dont « la mise en place d’une organisation et de moyens adaptés », selon Légifrance (texte en vigueur depuis octobre 2017). Dans le voyage d’affaires, on parle aussi de devoir de protection (duty of care, en anglais) pour cette obligation de sécurité. Ce texte vise l’employeur : il ne mentionne ni les déplacements ni la localisation, et il ne dit pas quels moyens choisir.

Carte du monde examinée à la loupe pour localiser ses collaborateurs en déplacement sans les surveiller lors d'une gestion de crise internationale.

À quelles conditions l’employeur peut-il localiser un salarié en déplacement ?

Pour tout dispositif de contrôle de l’activité des salariés, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) pose, de manière générale, trois conditions cumulatives : il doit être justifié et proportionné, soumis au comité social et économique (CSE) et porté à la connaissance des salariés. Selon la technologie, d’autres règles peuvent s’y ajouter, précise la CNIL dans sa page du 9 juillet 2026.

  • Un dispositif justifié et proportionné : l’employeur s’assure qu’« il n’existe pas de moyen moins intrusif » pour atteindre son objectif. Selon la CNIL, placer des salariés sous surveillance permanente est « en général considéré comme une atteinte excessive à leurs droits et libertés ».
  • Une consultation du CSE, dès 50 salariés dans le secteur privé, selon la CNIL. L’article L. 2312-38 du Code du travail demande que le comité soit « informé et consulté, préalablement à la décision de mise en œuvre dans l’entreprise », sur les moyens ou techniques de contrôle de l’activité (Légifrance, en vigueur depuis janvier 2018).
  • Une information préalable des salariés. L’article L. 1222-4 dispose : « Aucune information concernant personnellement un salarié ne peut être collectée par un dispositif qui n’a pas été porté préalablement à sa connaissance » (Légifrance, en vigueur depuis mai 2008).

La CNIL ajoute que l’employeur doit pouvoir prouver que ces conditions sont réunies. Ces conditions valent « de manière générale » et ne remplacent pas les règles propres à une technologie : la CNIL cite la géolocalisation parmi les technologies à règles particulières. Sa fiche sur la géolocalisation des véhicules des salariés date du 30 mai 2023. Elle précise qu’elle est « en cours de mise à jour ».

Une exception à la surveillance permanente figure dans la page du 9 juillet 2026 : la géolocalisation permanente d’un véhicule d’urgence « est proportionnée car elle ne sert pas à surveiller la bonne réalisation des tâches des salariés par l’employeur mais à permettre la meilleure réactivité des secours ». Nous transposons cette distinction au voyageur : une finalité de sécurité diffère d’une finalité de surveillance.

Salarié en voyage consultant une carte papier, symbolisant les moyens de localiser ses collaborateurs en déplacement sans surveiller leur téléphone.

Comment savoir où sont ses voyageurs sans géolocaliser leur téléphone ?

En croisant ce que l’entreprise sait déjà (réservations, ordres de mission) avec ce que le voyageur lui déclare, elle localise le voyageur à l’échelle d’une ville ou d’un hôtel. La position précise relève d’un troisième niveau. Pour savoir qui prévenir en premier, les deux premiers niveaux suffisent, selon nous : les réservations, puis le point de situation que le voyageur adresse à l’entreprise pour dire où il est et comment il va.

Niveau

Ce que l’entreprise sait

Ce qu’elle ne sait pas

À poser avant le départ

1. Données déjà détenues : réservations, ordres de mission

Qui part, où, quand

Un changement de plan, une réservation faite ailleurs

Prévenir les voyageurs que ces données servent aussi à les retrouver en cas de crise

2. Point de situation demandé au voyageur et adressé à l’entreprise

Où se trouve le voyageur et comment il va, au moment où il répond

Rien tant qu’il n’a pas répondu

Convenir du canal de réponse et de la personne qui envoie la demande

Le niveau 3 est la géolocalisation du téléphone : il donne une position précise et se réserve aux cas où les deux premiers ne suffisent pas. Côté prestataires d’assistance, International SOS déclare réunir sur une même plateforme des itinéraires de voyage, des données de géolocalisation et du renseignement sur les risques, avec des points de situation d’urgence automatisés.

Pour un séminaire ou un départ groupé, l’entreprise connaît la liste des participants avant le départ : les réservations y donnent souvent l’information la plus complète. Pour les autres départs, la checklist sécurité du voyage d’affaires de ce blog rappelle que savoir où sont ses voyageurs ne s’improvise pas au moment où ça compte.

Le Fil d’Ariane, service d’alertes du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, ne suffit pas à retrouver ses voyageurs. Le voyageur s’y inscrit lui-même, gratuitement, pour « recevoir des alertes durant votre voyage », et le service est accessible pour les voyages « de moins de six mois ». Il « n’est pas une assurance voyage ni un service de géolocalisation ». Les destinataires des données sont les postes diplomatiques et consulaires français et le Centre de crise et de soutien (CDCS), le service du ministère actif 24 heures sur 24 pour protéger les Français en cas de crise à l’étranger. Les données du voyage sont « effacées un mois après la date déclarée de votre retour », et l’inscription « ne crée aucune obligation d’intervention de la part du ministère », selon le Fil d’Ariane (page consultée le 13 octobre 2026).

La page du CDCS ajoute que « l’ensemble des messages adressés aux voyageurs inscrits sur le fil d’Ariane sont systématiquement communiqués aux entreprises et organisations professionnelles partenaires du CDCS », selon le ministère, avril 2026. Le Centre a aussi conclu des conventions de partenariat avec plusieurs clubs d’entreprises : la page ne dit pas que toute entreprise reçoit ces messages. L’employeur peut inciter ses voyageurs à s’inscrire : l’inscription reste leur démarche.

Deux collègues échangeant sur les conditions légales pour localiser ses collaborateurs en déplacement sans les surveiller.

Quand faut-il passer à la géolocalisation du téléphone ?

Quand les réservations et les points de situation ne suffisent plus à retrouver une personne en danger. D’après la CNIL (page du 9 juillet 2026), l’exigence d’un moyen moins intrusif s’applique ici. En zone sensible, nous recommandons de préparer la géolocalisation avant le départ, sans attendre que les deux premiers niveaux échouent.

  • Obtenir l’autorisation du voyageur avant le départ (notre recommandation) : chez Crisis24, la position précise du téléphone ne peut pas être collectée sans l’autorisation du voyageur, selon la notice de confidentialité du prestataire (29 septembre 2025).
  • Limiter l’activation aux voyageurs concernés et à la durée de la crise : c’est notre lecture du test de proportionnalité. Pour les véhicules, la fiche de la CNIL (30 mai 2023, en cours de mise à jour) écarte la collecte de la localisation « en dehors du temps de travail » et veut que les salariés puissent désactiver la collecte ou la transmission à ces moments-là. Elle ne traite pas le cas d’un voyageur en déplacement le soir ou le week-end.
  • Désigner à l’avance qui décide d’activer la géolocalisation (notre recommandation), et garder la trace des consultations : la même fiche demande de définir qui peut accéder aux données, et d’enregistrer chaque accès et chaque opération effectuée. Si l’employeur a désigné un délégué à la protection des données (DPO), la même fiche demande aussi d’associer le DPO au dispositif (CNIL).

Avec cette autorisation, l’application peut aussi collecter la position du téléphone en continu pour signaler au voyageur et à son organisation les incidents proches. L’employeur qui y recourt doit pouvoir prouver que ce suivi est justifié et proportionné, la première des trois conditions posées par la CNIL.

Voyageur d'affaires en itinérance suivant un itinéraire, illustrant comment localiser ses collaborateurs en déplacement sans les surveiller en continu.

Les voyageurs qui réservent hors de l’outil de l’entreprise restent un angle mort

Un voyageur qui réserve hors de l’outil de l’entreprise n’apparaît dans aucune donnée de réservation. Le point de situation demandé au voyageur peut encore le retrouver. Un train payé en gare ou un hôtel pris sur place suffit à faire disparaître un voyageur des réservations.

Trois règles à fixer avant le départ réduisent cet angle mort, sans le combler. La première est une règle de réservation claire dans la politique voyages : elle dit où réserver et fixe la source des données. La deuxième est un ordre de mission pour tout départ à l’étranger : une fois saisi dans un outil de l’entreprise, le déplacement existe dans ses données, même si la réservation s’est faite ailleurs. C’est tout de même une contrainte : chaque départ doit être saisi, faute de quoi l’entreprise ignore que le voyageur est parti. La troisième est un point de situation récurrent demandé aux voyageurs en zone sensible, qui permet de retrouver le voyageur que les réservations ne montrent pas.

Élaboration d'un plan d'information et de sécurité pour localiser ses collaborateurs en déplacement sans les surveiller abusivement.

Quelles informations donner aux voyageurs avant leur départ ?

Selon la fiche de la CNIL sur la géolocalisation des véhicules des salariés, l’employeur informe chaque salarié du dispositif, par exemple au moyen d’un avenant au contrat de travail ou d’une note de service. La fiche liste huit mentions à donner. Nous les transposons au voyageur en déplacement :

  • L’identité du responsable de traitement.
  • Les finalités poursuivies, c’est-à-dire les objectifs.
  • La base légale du dispositif, avec deux exemples donnés par la CNIL : une obligation issue du Code du travail, ou l’intérêt légitime de l’employeur.
  • Les destinataires des données.
  • Le droit d’opposition pour motif légitime.
  • La durée de conservation des données.
  • Les droits d’accès et de rectification.
  • La possibilité d’introduire une réclamation auprès de la CNIL.

Pour tout dispositif de contrôle, la page de la CNIL du 9 juillet 2026 demande que les personnes en soient informées « préalablement à sa mise en place » et renvoie au règlement général sur la protection des données (RGPD) pour l’information sur la collecte de leurs données (CNIL).

Nous recommandons de dire aussi aux voyageurs quand le dispositif s’active et qui voit quoi, pour qu’ils sachent à quoi s’attendre. Si l’entreprise écarte le suivi permanent, elle peut aussi le préciser, et le voyageur sait alors ce que le dispositif ne fait pas.

Gestionnaire configurant une interface pour localiser ses collaborateurs en déplacement professionnel sans les surveiller en amont de leur départ.

Localiser ses collaborateurs en déplacement se décide avant le départ

Le jour de la crise, il est trop tard pour décider qui active la géolocalisation et ce que les voyageurs savent du dispositif. Les réservations faites dans l’outil de l’entreprise la renseignent déjà sur qui part, où et quand. Pour aller plus loin que les réservations et les points de situation, Supertripper propose une connexion en option à l’outil de géolocalisation et d’assistance sécuritaire d’International SOS ou de Crisis24. Réservez vos déplacements avec Supertripper pour que vos voyageurs figurent dans vos données avant le départ.

Smartphone affichant une messagerie interne permettant de localiser ses collaborateurs en déplacement sans les surveiller grâce au contact direct.

FAQ : localiser des salariés en déplacement professionnel

Quelles conditions la CNIL pose-t-elle à la localisation d’un salarié ?

Pour tout dispositif de contrôle de l’activité des salariés, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) pose trois conditions cumulatives : un dispositif justifié et proportionné, la consultation du comité social et économique (CSE) et l’information des salariés avant la mise en place. Pour la géolocalisation, sa fiche porte sur les véhicules des salariés.

Faut-il consulter le CSE avant de mettre en place une localisation des voyageurs ?

Oui, dans une entreprise privée de 50 salariés et plus. Selon la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), tout dispositif qui permet de contrôler l’activité des salariés relève de cette règle, ce que peut faire une localisation. Le comité social et économique (CSE) est informé et consulté avant la décision de mise en œuvre (Code du travail).

Le Fil d’Ariane suffit-il à retrouver ses voyageurs ?

Non. Le Fil d’Ariane est un service d’alertes pour le voyageur : il « n’est pas une assurance voyage ni un service de géolocalisation », selon le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Les destinataires des données sont le Centre de crise et de soutien et les postes diplomatiques et consulaires, et les données sont effacées un mois après le retour déclaré.

Quelle durée de conservation la CNIL fixe-t-elle pour la géolocalisation des véhicules de salariés ?

La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) fixe la durée selon la finalité : en principe deux mois, un an pour « optimiser les tournées » ou prouver des interventions, cinq ans pour suivre le temps de travail. Sa fiche date de 2023 et est en cours de mise à jour.

Que dit la CNIL de la surveillance permanente d’un salarié ?

La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) considère en général que placer des salariés sous surveillance permanente est « une atteinte excessive à leurs droits et libertés ». Elle cite une exception : la géolocalisation permanente d’un véhicule d’urgence, proportionnée parce qu’elle vise la réactivité des secours, sans surveiller la bonne réalisation des tâches.

politique voyages
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